Atteindre le sommet du mont Ventoux à vélo demande autant de préparation que de volonté. Entre le choix du versant, les variations de pente, le vent et l’écart de température entre la plaine et 1 910 mètres d’altitude, cette sortie provençale ne s’improvise pas complètement. Je vous propose une méthode claire pour choisir votre itinéraire, vous préparer et profiter pleinement de l’expérience, sans transformer ce beau défi en journée de souffrance.
Les repères essentiels pour réussir votre montée
- Trois itinéraires routiers permettent d’atteindre le sommet, avec des niveaux de difficulté différents.
- Le versant de Bédoin est le plus célèbre et le plus exigeant, tandis que Sault offre une pente plus progressive.
- Prévoyez une sortie de 4 à 6 heures avec les pauses, surtout pour une première ascension.
- La météo peut changer rapidement, avec un sommet parfois 10 à 12 °C plus froid que la plaine.
- Un vélo bien réglé, une réserve d’eau suffisante et une allure régulière font davantage la différence qu’un départ trop rapide.

Quel versant choisir pour atteindre le sommet
Le mont Ventoux se grimpe principalement par Bédoin, Malaucène ou Sault. Ces trois routes se rejoignent au niveau du chalet Reynard ou du mont Serein avant les derniers kilomètres vers le sommet, mais elles ne procurent pas du tout la même expérience. Pour une première tentative, je conseille de choisir le versant en fonction de votre endurance réelle, pas seulement de l’image que vous voulez rapporter.
| Départ | Distance approximative | Dénivelé positif | Difficulté |
|---|---|---|---|
| Bédoin | 21 à 21,5 km | Environ 1 600 m | La plus sportive |
| Malaucène | Environ 21 km | Environ 1 570 m | Très exigeante |
| Sault | Environ 24,5 à 25 km | Environ 1 210 m | La plus progressive |
Bédoin pour le défi emblématique
Depuis Bédoin, l’ascension compte environ 21 kilomètres à 7,5 % de pente moyenne, avec des passages pouvant atteindre 12 %. Les premiers kilomètres sont relativement accessibles, puis la route entre dans la forêt et devient plus régulière, sans véritable répit jusqu’au chalet Reynard. C’est le choix naturel si vous recherchez le versant le plus connu et le sentiment de réaliser le parcours mythique des cyclistes.
Ce qui surprend souvent, c’est la longueur de l’effort plus que la présence d’un mur spectaculaire. Je préfère donc y adopter une allure volontairement modeste dès le départ. Si vous avez l’impression d’être trop facile dans les dix premiers kilomètres, vous êtes probablement dans le bon rythme.
Malaucène pour une montée irrégulière
Le versant nord part de Malaucène et propose une pente moins uniforme. Certaines portions sont roulantes, mais plusieurs changements de rythme et des passages soutenus sollicitent fortement les jambes. Le paysage est différent, plus marqué par les reliefs boisés du versant nord, et la montée peut sembler plus technique à gérer qu’à Bédoin.
Je le recommande aux cyclistes qui aiment lire le terrain et relancer régulièrement. Il est moins intéressant pour quelqu’un qui cherche une pente parfaitement constante, mais il offre une ascension très complète et souvent moins monotone.
Sault pour une première expérience
La route de Sault est la plus longue, mais aussi la plus douce avec environ 4,9 % de pente moyenne. Elle traverse les paysages de lavande et rejoint le chalet Reynard par une montée plus accessible. Les derniers kilomètres communs avec Bédoin restent sérieux, surtout lorsque la fatigue s’installe, mais le début du parcours permet de prendre confiance.
Ce versant convient bien aux cyclistes débutants, aux sorties en vélo à assistance électrique ou aux groupes de niveaux différents. Il ne faut toutefois pas le considérer comme facile. Le dénivelé reste important et la distance totale peut peser sur les jambes, notamment par forte chaleur.
Comment se préparer sans surévaluer son niveau
Pour réussir, il n’est pas nécessaire d’être un compétiteur, mais il faut être capable de pédaler longtemps en montée. Je recommande de pouvoir réaliser auparavant une sortie de 60 à 80 kilomètres avec 1 000 mètres de dénivelé positif, sans finir complètement épuisé. Cette base donne une marge utile pour absorber la longueur du Ventoux et les conditions parfois difficiles.
Un entraînement simple sur quatre semaines
- Semaine 1 : deux sorties d’endurance de 1 h 30 à 2 h et une sortie vallonnée plus courte.
- Semaine 2 : une sortie longue de 2 h 30 à 3 h avec plusieurs côtes régulières.
- Semaine 3 : travail spécifique avec trois à cinq montées de 8 à 12 minutes à allure soutenue, mais contrôlée.
- Semaine 4 : réduction du volume, sommeil régulier et sortie facile deux jours avant l’ascension.
Le but n’est pas de reproduire 1 600 mètres de dénivelé à chaque entraînement. Il s’agit plutôt d’habituer le corps à maintenir un effort constant pendant plusieurs heures. Dans ma préparation, la régularité compte toujours davantage qu’une séance héroïque réalisée trop près du jour prévu.
Le vélo et les braquets
Un vélo de route classique convient, à condition d’avoir des développements adaptés. Pour beaucoup de cyclistes, un pédalier compact associé à une cassette offrant un grand pignon de trentaine de dents permet de mieux gérer les passages les plus raides. Le choix exact dépend de votre niveau, de votre poids, de votre cadence et du type de vélo.
Avant le départ, vérifiez les freins, pneus, chaîne et changements de vitesse. Une crevaison ou un dérailleur mal réglé devient beaucoup plus pénible lorsqu’il faut encore parcourir plusieurs kilomètres en altitude. Un casque, une pompe, une chambre à air ou une solution de réparation tubeless et un téléphone chargé doivent faire partie de l’équipement de base.
Quelle allure adopter pendant la montée
Le principal piège consiste à partir au rythme du groupe ou à vouloir impressionner les autres cyclistes dans les premiers kilomètres. Pour moi, la bonne stratégie est simple : pédaler à une intensité permettant encore de parler par courtes phrases, puis garder cette sensation le plus longtemps possible. La montée se gagne par économie, pas par bravoure.
Gérer les premiers kilomètres
Depuis Bédoin ou Malaucène, les premières rampes peuvent sembler faciles. Résistez à l’envie d’accélérer. Une cadence souple, généralement autour de 70 à 85 tours par minute selon le braquet, limite l’épuisement musculaire et permet de conserver de l’énergie pour la partie finale.
Si vos jambes deviennent lourdes avant la moitié du parcours, réduisez immédiatement l’allure et utilisez un développement plus facile. S’arrêter quelques minutes n’est pas un échec, mais multiplier les arrêts longs complique souvent la reprise. Une pause courte, à l’ombre et sur un emplacement sûr, suffit généralement à repartir plus sereinement.
Boire et manger avant d’avoir faim
Prévoyez au moins deux bidons pour une ascension estivale, davantage si vous partez pour une longue boucle ou si les points de ravitaillement ne sont pas ouverts. Buvez par petites gorgées régulièrement et adaptez la quantité à la température, au vent et à votre transpiration.
Une banane, une barre céréalière, une compote ou un gel peuvent compléter un ravitaillement simple. Mangez dès la première heure plutôt que d’attendre le coup de faim. J’observe souvent que les abandons viennent moins du manque de condition physique que d’un départ sans petit-déjeuner suffisant et d’une hydratation repoussée jusqu’au moment où la fatigue est déjà installée.
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Ne pas négliger les derniers kilomètres
Au chalet Reynard, l’environnement change et la végétation devient plus rare. Les derniers kilomètres sont exposés, parfois venteux, et la sensation de froid peut apparaître même après une montée sous le soleil. Gardez une couche coupe-vent dans votre poche, surtout si vous devez redescendre par un autre versant.
Le sommet à 1 910 mètres n’est pas une simple formalité. La pente finale, le vent et la fatigue rendent les derniers hectomètres mentalement exigeants. Divisez-les en petits objectifs, par exemple jusqu’au prochain virage ou au prochain panneau, plutôt que de regarder constamment la distance restante.
Quand partir et que vérifier avant le départ
La meilleure période s’étend généralement de la fin du printemps au début de l’automne, mais les conditions varient fortement selon l’année. En dehors de la saison chaude, la neige ou le verglas peuvent rendre l’accès au sommet impossible. Les dates d’ouverture des routes sommitales changent chaque année : vérifiez-les auprès des offices de tourisme locaux avant de construire votre itinéraire.
La météo du sommet doit être consultée séparément de celle de Bédoin, de Malaucène ou de Sault. Le vent peut devenir très violent sur la crête et l’écart de température avec la plaine atteint parfois 10 à 12 °C. Un ciel parfaitement bleu au départ ne garantit donc pas une arrivée confortable.
- Consultez la température et le vent au sommet le matin même.
- Vérifiez les éventuelles fermetures de route ou restrictions temporaires.
- Évitez les heures les plus chaudes en été, surtout sur le versant sud.
- Partez tôt, mais ne roulez pas si l’orage menace la crête.
- Informez un proche de votre parcours et de votre heure approximative de retour.
En été, le risque d’incendie peut aussi limiter l’accès à certains massifs forestiers du Vaucluse. Ces restrictions évoluent selon les conditions météorologiques et doivent être respectées, même lorsque la route semble praticable. Une ascension réussie est une ascension réalisée dans un cadre autorisé et suffisamment sûr.
Réussir la descente et respecter le Ventoux
La descente demande autant de vigilance que la montée. La fatigue réduit la concentration, le vent peut surprendre et les virages s’enchaînent rapidement. Je recommande de mettre une veste avant de repartir, de contrôler les freins et de descendre à une vitesse où vous pouvez vous arrêter sans difficulté.
Restez sur votre droite, gardez une distance avec les autres vélos et ne coupez jamais les virages. La route est partagée avec les voitures, les motos et parfois les piétons. Un arrêt doit se faire sur un espace dégagé, jamais au milieu d’un virage ou juste derrière un changement de pente.
Le mont Ventoux est aussi un espace naturel fragile. Ramenez vos emballages, respectez les zones protégées et les troupeaux, puis évitez de quitter les itinéraires autorisés. Si vous croisez des chiens de protection, ralentissez, ne cherchez pas à les semer et descendez du vélo si nécessaire.
Si l’effort routier vous paraît trop ambitieux, le territoire offre d’excellentes alternatives. Le Tour du Ventoux, les petites routes autour de Sault et les gorges de la Nesque permettent de découvrir la Provence à vélo avec moins de pression. À mes yeux, ces parcours sont une très bonne manière de préparer une future ascension tout en profitant des villages, des vignes et des paysages du massif.
Le bon souvenir commence avant le sommet
La meilleure approche consiste à choisir le versant adapté, partir avec un vélo fiable et conserver une allure que vous pourrez tenir pendant plusieurs heures. Bédoin répond au goût du défi, Malaucène séduit par son profil plus irrégulier et Sault offre une entrée progressive dans l’univers du Géant de Provence.
Ne faites pas du sommet l’unique objectif de la journée. Prenez le temps de regarder les paysages, de vous arrêter lorsque les conditions l’exigent et de redescendre prudemment. Le Ventoux se mérite, mais il se découvre surtout avec patience, lucidité et plaisir.